Parcours PMA – FIV n°1 – Partie 2

Parcours PMA – FIV n°1 – Partie 2


Nous essayons de reprendre le cours de notre vie et de patienter tant bien que mal. La famille de Mickaël n’est pas au courant de ma fausse couche. Ils étaient en vacances à ce moment-là, nous avons préféré ne pas les déranger avec cette nouvelle.

Arrive alors le repas du 19 septembre 2021 avec la famille de Micka (organisé à notre initiative pour l’annonce de ma grossesse). C’est encore trop douloureux pour moi. Je décide de ne pas m’y rendre. Je ne suis plus en mesure d’annoncer cette merveilleuse nouvelle, je ne suis donc pas certaine de vivre ce repas sereinement et de parvenir à garder la tête haute.

Mickaël prend la route pour rejoindre sa famille. Je reste à la maison pour me reposer.

Il rentre en début de soirée. Je ne le sens pas dans son état normal. Je lui demande si tout s’est bien passé et il me répond qu’il doit m’annoncer quelque chose qui va être difficile pour moi. Sa petite sœur est enceinte. Elle l’a révélé lors de ce repas. Mon monde s’effondre. C’est une mauvaise blague… Ce repas n’a pas pu servir à annoncer une autre grossesse que la mienne… J’ai alors passé une soirée de désespoir comme rarement j’en ai vécu. Ce cauchemar n’en finissait pas… J’étais inconsolable. Cette soirée m’aura tout de même fait prendre conscience d’une chose : je ne pouvais pas rester ainsi murée dans ma souffrance. Je devais me reprendre et agir. J’ai trouvé la force d’envoyer mes félicitations à la sœur de Mickaël le lendemain de ce repas. Après tout, il fallait que je l’accueille comme une bonne nouvelle ! Elle n’y était pour rien, elle ne savait pas que je comptais annoncer ma grossesse ce jour-là et encore moins que je n’avais pas pu le faire à cause d’une fausse couche. Je suis sincèrement contente pour elle, pour eux.

C’est ainsi qu’en l’espace d’un mois à peine, nous avons appris plusieurs grossesses (avec à chaque fois cette souffrance qui s’imposait à moi avant de pouvoir me réjouir pour les couples qui nous l’annonçaient). Des couples pour qui, la plupart du temps, les choses se sont faites assez simplement. Pourquoi pas moi ? Et ce sentiment de culpabilité constant d’être envieuse de ces femmes… Vraiment pas évident à gérer au quotidien. Je me sens terriblement seule et incomprise. Ma mère et une de mes meilleures amies, à qui j’ai raconté l’annonce de la grossesse de ma belle-sœur et ma soirée de désespoir qui en a découlé, n’ont vraiment pas été réceptives à ma souffrance. « Il est temps de passer à autre chose, tu ne peux pas empêcher les autres de vivre » me dit ma mère. Oui, je le sais très bien. Mais ce n’est pas comme si je maîtrisais mes émotions… Ce n’est pas faute d’essayer pourtant.

J’ai parlé de tout cela à ma spécialiste lors de notre prochain rendez-vous. Elle m’a recommandée à un psychologue du service PMA de l’hôpital. J’ai pris contact avec lui et ai obtenu un entretien assez rapidement par chance. En revanche, il s’agissait d’un homme. Je n’étais vraiment pas fan sur le coup. Je suis clairement plus à l’aise avec le corps médical féminin. Notre premier rendez-vous s’est très bien passé, il m’a fait bonne impression. J’ai commencé à me dire qu’on pourrait finalement bien travailler ensemble. Et ça a été le cas.

Arrivent mes prochaines règles, les premières depuis mon curetage. Se pose la question pour nous de redémarrer un protocole ou d’attendre le mois suivant. En effet, les vacances de la Toussaint approchant à grands pas, nous aurions aimé partir en voyage (après l’été tumultueux que nous avons passé) pour reprendre des forces avant la suite du parcours PMA. En même temps, en réalisant ce voyage, nous reculons les choses d’un mois. Un mois, me direz-vous, ce n’est rien… Mais croyez-moi, au sein d’un parcours PMA, les mois deviennent des années et les jours deviennent des mois ! Nous prenons tout de même la décision de ne pas contacter le centre de PMA pour ce cycle-ci. Nous reprendrons au retour de notre voyage (en République Dominicaine).

Nous partons donc en voyage et en milieu de séjour, je commence à perdre du sang tous les jours. Pas des grosses quantités mais tout de même. Des douleurs viennent également s’ajouter à mes saignements. Le jour de notre vol retour, mes pertes de sang deviennent plus intenses. Je me dis que cela tombe bien, c’est sûrement le début de mes règles, je vais donc pouvoir redémarrer un protocole dès notre arrivée à la maison. Les choses s’enchaîneraient de façon plutôt fluide, tant mieux ! Nous sommes début novembre. En rentrant, je suis les consignes qui m’avaient été données par le centre de PMA pour le cycle dernier : injection de bemfola au 2ème jour des règles + envoi d’un mail au service pour enclencher le suivi. C’est ainsi que je reprends mes injections quotidiennes et que je suis convoquée pour un premier contrôle six jours plus tard. Or, entre temps, les saignements que j’avais pris pour mes règles se sont arrêtés et d’autres plus importants encore ont débuté la veille de mon contrôle. Mon moral en prend un coup… Je commence à douter. Je ne sais pas si j’ai démarré le protocole au bon moment. J’envoie un mail à ma spécialiste pour lui expliquer la situation et dans l’espoir de recevoir du réconfort. Voici mon message :

« Madame,

Dans la perspective d’un TEC (*transfert d’embryon congelé), vous m’aviez recommandé de commencer le bemfola le 2ème jour de mes règles.

Après une semaine d’intenses douleurs dans le bas du ventre, j’ai perdu du sang le 6/11, j’en ai donc conclu qu’il s’agissait de douleurs annonciatrices de mes règles comme cela m’est déjà arrivé. Comme les pertes de sang continuaient, j’ai donc commencé le bemfola le 7/11. J’ai alors arrêté de perdre du sang à partir du 8/11 (mais j’ai poursuivi les injections quotidiennes). 

Depuis ce samedi 13/11, je perds à nouveau du sang de façon continue, cela ressemble davantage à mes règles.

Je suis donc inquiète face à cette situation et je crains d’avoir commencé le bemfola une semaine trop tôt (si les pertes de sang que j’ai considéré être mes règles ne l’étaient pas).

Pensez-vous que cela puisse compromettre mon TEC du mois de novembre ?

J’ai un rdv de contrôle demain matin à l’hôpital mais j’ai peur que l’on me dise de reporter au mois de décembre de ce fait là.

Merci d’avance pour votre retour,

Cordialement »

Message auquel il m’a été répondu :

« Bonjour Madame,

Je vous prie de trouver ci-dessous la réponse du DR :

 » l’échographie et la prise de sang de demain permettront de répondre à vos interrogations, c’est à cela que servent les contrôles « 

Bien cordialement »

Ok… Pour le réconfort, on repassera… Je ne suis pas plus avancée. Force est de constater que je vais devoir patienter jusqu’au lendemain pour être fixée. L’attente est insoutenable.

J’arrive au rendez-vous de contrôle, ça ne rate pas… Je n’ai pas commencé le traitement au bon moment car les saignements que j’avais pris pour mes règles ne l’étaient pas. Je dois donc interrompre le protocole…

Quelle déception ! Je m’en veux tellement mais en même temps, comment pouvais-je savoir qu’il ne s’agissait pas de mes règles ? Comment est-on censé se repérer lorsque l’on saigne quotidiennement, même en dehors des cycles ? Endométriose, bonjour !

Je me retrouve donc à devoir attendre le cycle suivant. Encore un mois d’attente… Que c’est long !

Heureusement, je continue à mener un travail avec mon psychologue. Je commence à en voir les effets. Je parviens à relativiser plus facilement qu’avant. La prochaine sera la bonne ! Il m’a d’ailleurs parlé lors de notre premier rendez-vous d’une association récemment créée dans la région, une association d’aide et de soutien aux personnes en parcours PMA. Ils organisent un temps d’échanges et de rencontres une fois par mois. Après tout, pourquoi pas… Je décide de m’y rendre une première fois, seule (je ne savais pas si les conjoints étaient autorisés à participer). Nous sommes plusieurs femmes (quelques hommes sont également présents avec leurs conjointes). Nous faisons un « tour de table » pour nous présenter et raconter brièvement notre parcours avant d’enchaîner sur un temps de parole plus libre autour de questions initiées durant le récit de nos différentes expériences. J’ai bien apprécié ce moment. J’ai même craqué, sans avoir honte, lorsqu’il a fallu raconter mon parcours. Ces femmes dégageaient toutes de la bienveillance et pouvaient finalement me comprendre ! J’ai emmené Mickaël à ce groupe de parole le mois suivant. Il a été réconforté par le récit d’autres hommes vivant la même chose que lui (impuissance face aux douleurs, réactions des conjointes, modes de pensée etc). Il a donc pu se rendre compte que nous n’étions pas les seuls à vivre cela et que les réactions que nous pouvions parfois avoir étaient les mêmes que celles des autres couples dans des situations similaires. Nous sommes retournés à ces groupes de parole plusieurs mois d’affilée.

Les saignements quotidiens réapparaissent au cours de mon cycle de décembre. Je me souviens du mois dernier et sais que je dois faire attention à ne pas démarrer le protocole trop tôt. Je dois être sûre qu’il s’agira bien de mes règles au moment de commencer. Quelle pression ! Comme si j’avais besoin de ça… Je laisse plusieurs jours passer jusqu’au moment où selon moi, mes règles débutent. Mes saignements sont plus abondants, les douleurs plus intenses et la date correspond à peu près à celle du début de mon dernier cycle. J’entame donc un nouveau protocole au 2ème jour de mes règles (en espérant ne pas m’être trompée cette fois-ci). Je me souviens d’ailleurs avoir effectué cette injection lors du groupe de parole de l’association duquel je m’étais éclipsée quelques minutes. C’était assez fréquent que les femmes s’absentent quelques instants le temps de faire leurs injections. Encore quelque chose qui ne choquait personne puisqu’on était toutes dans le même bateau !

Je contacte mon centre de PMA le soir-même pour les informer de ma reprise d’un protocole (comme ils m’avaient demandé de le faire en novembre). Nous sommes le 13 décembre. Je reçois une réponse automatique du service qui m’informe de la fermeture du centre durant les fêtes de fin d’année et donc par la même occasion, de l’interruption des prises en charge lors de cette période. Quoi ?? Mais comment est-ce possible ?? Je viens tout juste de redémarrer un protocole ! C’est même eux qui m’ont dit de reprendre et de revenir vers eux lors du prochain cycle ! Je ne comprends pas… N’avaient-ils pas déjà l’information de cette fermeture ? Pourquoi m’avoir demandé de reprendre alors même qu’ils savaient qu’ils allaient fermer… ? Nouvelle grosse déception que je vis très mal ! Il va encore falloir patienter un mois ! Je me pose deux minutes pour faire un point : depuis ma fausse couche de fin juillet, il ne s’est strictement rien passé pour nous. Nous avons vécu plusieurs interruptions de protocole, sans que cela n’inquiète personne… Je commence sincèrement à douter de la pertinence et des compétences de mon centre de PMA et songe désormais à en changer.

Plusieurs femmes présentes à l’association sont suivies dans la même ville mais dans le privé et vantent les qualités humaines et professionnelles d’un Dr en particulier. Je me dis que je pourrais me rediriger vers elle. Dans tous les cas, je dois quand même laisser la chance aux deux embryons qu’il me reste dans mon centre de PMA avant d’envisager un quelconque changement.

C’est l’heure des fêtes de fin d’année. Il y a un an j’étais en fin de convalescence après ma lourde opération d’endométriose. Aujourd’hui, je ne suis toujours pas maman. Je n’ai pas le cœur à me réjouir et j’ai hâte que les fêtes soient passées.

2022 nous voilà ! Ce ne pourra qu’être une belle année ! C’est une année « paire » (mes nombres préférés) et c’est surtout l’année de mes 30 ans !

Malgré ces éléments que j’interprète comme étant de bon augure, je débute l’année épuisée moralement et physiquement. Il faut dire qu’en parallèle de mon parcours PMA, je m’apprête à être inspectée dans ma vie professionnelle. Cela fait des semaines, pour ne pas dire des mois, que je me prépare et que je travaille sans relâche pour que cette inspection se passe au mieux.

Je débute un nouveau protocole sur le cycle de janvier, protocole que je parviendrai à mener à terme. Un nouveau transfert d’embryon est prévu pour le 26 janvier (inspection le 21 janvier !). Par chance, c’est un mercredi, je ne travaille pas. Je mets mon téléphone en mode sonnerie et attend avec impatience l’appel du labo pour nous dire de venir. Vers 13h, je reçois enfin cet appel. Super, on va bientôt pouvoir se mettre en route ! Et ben, non, ce n’est pas encore gagné… On m’annonce que le troisième embryon n’a pas survécu à la décongélation. Ils essaient de décongeler le dernier mais ne peuvent me certifier qu’il tiendra… Ils me disent de partir du principe que tout ira bien, qu’en l’absence d’un nouvel appel de leur part, on se donne rendez-vous dans 1h30 au labo de l’hôpital. Mais quelle horreur ! Pourquoi un tel rebondissement ? Un deuxième embryon qui ne survit pas à la décongélation ? Mais pourquoi ? Nous avions pourtant lu que plus de 90% des décongélations d’embryon étaient réussies ! Comment donc expliquer que nous en ayons 2 sur 4 (pour l’instant) qui n’aient pas tenu ?! Et puis ce rdv dans 1h30 sans même savoir si nous aurons un embryon qui nous attendra ! Notre dernière chance pour cette FIV n°1 ! L’angoisse est tellement présente, l’attente interminable… Nous nous mettons en route vers le labo en guettant mon téléphone chaque minute. Pas d’appel… Nous arrivons en salle d’attente. Ils ne pourront plus nous appeler maintenant que nous sommes sur place ! J’ai la vessie pleine à craquer, ça en devient vraiment insoutenable. C’est enfin à notre tour. Le dernier embryon a survécu. Je prends place et ils commencent à vouloir installer le matériel pour effectuer le transfert mais ma vessie est tellement pleine que j’ai l’impression que s’ils continuent à appuyer sur mon ventre, je vais uriner sans même contrôler quoi que ce soit. Je me mets à pleurer. Ils me disent que je peux aller vider un peu ma vessie avant de passer au transfert mais je refuse d’abord car je me dis que ça pourrait influer sur le bon déroulement de l’acte. Pourtant je ne tiens vraiment plus, je n’ai pas le choix, je dois aller aux W-C. Ils tentent de me rassurer en m’expliquant que la nécessité d’avoir la vessie pleine est surtout valable pour les femmes en surpoids pour lesquelles il est plus difficile de voir les organes lors de l’écho. Selon eux, je n’ai pas de soucis à me faire. Je me résigne donc à aller aux W-C et le défaitisme me gagne. J’ai l’impression de compromettre les chances d’implantation de mon dernier embryon… Je ne parviens même plus à uriner tellement je me suis retenue. Au bout de quelques minutes et après avoir (non sans mal) réussi à vider un peu ma vessie, je regagne la salle de transfert. Ils amènent la pipette contenant notre embryon et c’est parti. « Mode couvade » activé. 15 minutes d’attente en position allongée avant de pouvoir rentrer. Nous quittons l’hôpital mais je sens que je n’ai pas autant d’espoir que lors de mon 1er transfert. Rdv 12 jours plus tard pour les résultats.

L’attente se fait bien plus longue et bien plus pénible que celle du dernier transfert. En même temps, les problèmes se sont enchaînés ces derniers mois, j’ai vraiment peur que cela perdure. J’essaie pourtant d’y croire quand même ! 2022 sera mon année, j’ai eu un bon pressentiment ! Mickaël a pour idée de chanter chaque soir la même chanson (que l’on taira) à notre embryon pour lui donner la force de s’implanter. Oui, on en était là… C’est une façon comme une autre de se rassurer. Nous savions qu’il « fallait » prendre de la distance et se préparer à un échec mais nous avions besoin de ça à ce moment-là, c’est tout.

Quelques jours avant les résultats, Mickaël est en déplacement professionnel.  Je continue à fredonner notre chanson le soir mais j’avoue que mes espoirs s’amenuisent. Je commence à avoir des pertes de sang (comme lors de mes précédents cycles), je trouve que ce n’est pas bon signe. J’en parle à Mickaël qui essaie de me (nous ?) rassurer : il s’agit peut-être de saignements d’implantation. J’y crois une journée mais pas plus. Les saignements d’implantation ne durent pas en général. Et puis, toutes les femmes n’en ont pas. Je ne tiens plus, je suis de plus en plus convaincue que ce transfert est un échec. Je cède au test de grossesse urinaire (alors que nous avions convenu avec Mickaël que j’attendrais son retour). S’il faut arrêter d’espérer, autant le savoir le plus vite possible (selon moi). J’effectue ce test de grossesse qui en ressort négatif. C’est donc la fin… Nous sommes passés de 19 ovocytes prélevés à 4 embryons (blastocystes) à 2 transferts… Tant d’énergie dépensée pour en revenir au point zéro. Le moral est au plus bas… Comment aurons-nous la force de nous relever ? Il le faudra bien pourtant… J’en informe Mickaël au téléphone, je ne veux pas le laisser y croire davantage alors que je sais pertinemment que tout est fini. Nous pleurons, je m’excuse de ne pas l’avoir attendu et lui explique que j’étais dans un état mental chaotique. Je ne prendrai pas la peine de faire ma prise de sang. À quoi bon remuer le couteau dans la plaie… Et puis mes règles sont arrivées, la confirmation ne pouvait pas être plus claire.


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