Endométriose et culpabilité
L’endométriose prend souvent un malin plaisir à provoquer en duel l’estime de soi. Après tout, pourquoi s’en priver puisqu’elle l’emporte le plus souvent.
« Pourquoi tu m’aimes ? », « Pourquoi moi ? »
Pas une journée ne passe sans que je me pose ces deux questions auxquelles je n’ai jamais obtenu une réponse qui me satisfasse réellement. Tu as bien essayé d’y répondre pourtant… Je ne peux alors m’empêcher de me demander si toutes les raisons que tu as pu m’énumérer font véritablement le poids face à ce fardeau qu’est l’endométriose au quotidien… Je ne peux me résigner à le croire.
Malgré les nombreux démentis qui me sont offerts par mon entourage, le verdict est bel et bien posé et ancré dans mon esprit : coupable ! Coupable d’être atteinte d’endométriose, coupable de ne pas être assez belle pour toi lorsque mon ventre inflammé triple de volume certains jours, coupable de ne pas pouvoir concevoir d’enfant naturellement, coupable de nous imposer un parcours PMA, coupable de n’être pas positive et joyeuse tous les jours comme toi, coupable d’être contrariée alors même que tu fais ce que tu peux pour m’aider, coupable de n’être pas aussi disponible que tu le souhaiterais peut-être, coupable d’être la raison du refus aux invitations que l’on peut recevoir, bref coupable.
Ta vie pourrait être tellement plus facile sans moi… Tu ne serais plus contraint de vivre au rythme de mes douleurs et de mes larmes… Après tout, tu n’as pas à subir les conséquences d’une maladie qui n’est pas la tienne. Certes, ta présence, ton soutien, tes attentions m’apaisent au quotidien mais je refuse que ce soit au détriment de ton bonheur. C’est pourtant ce que je crois t’infliger.
Il m’arrive même de me sentir coupable aux yeux de ta famille. Jamais elle ne me l’a fait ressentir, mais je m’imagine parfois qu’elle souhaiterait une autre femme pour toi : une femme sans endométriose et qui aurait la certitude de pouvoir t’offrir un bébé, une femme qui ne remplirait pas d’embûches ta vie. Les parents souhaitent toujours ce qu’il y a de mieux à leurs enfants, et j’ai malheureusement souvent cette impression que le mieux pour toi n’est pas moi.
En effet, comme je peux souvent l’entendre, je n’y suis pour rien. Je n’ai pas voulu cette situation. Si nous en sommes là, néanmoins, c’est tout de même à cause d’une défaillance qui provient de mon côté et c’est moi qui dois vivre avec cette responsabilité en permanence. Malgré tout, je fais ce que je peux avec les moyens que j’ai.
Même si je n’en comprends pas les raisons, même si ce sentiment de culpabilité n’a pas encore dit son dernier mot, je me dois d’accepter que tu m’aimes, que tu as choisi de vivre avec moi (en connaissance de cause), et pour cela, je ne pourrai jamais assez te remercier.