Coelioscopie endométriose n°1 + convalescence
« La cœlioscopie est une technique chirurgicale qui permet d’opérer à l’intérieur du ventre en ne faisant que des petites incisions. Cette technique est la voie d’abord privilégiée de la chirurgie à l’intérieur de l’abdomen : chirurgie gynécologique, abdominale, vasculaire… »
Source : https://www.ch-belvedere.fr/chirurgie/chir_gyn/coelioscopie/coelioscopie.asp
18 novembre 2020 (J-1)
Je découvre ma chambre (de princesse ?) pour les quelques jours à venir. Je suis bien entourée : Mickaël et ma mère sont à mes côtés. On prend même le temps de faire des selfies (en toute décontraction pour moi, un peu moins pour mes proches).
Je me retrouve vite confrontée à la réalité de la crise sanitaire qui bat son plein à ce moment-là. Nous sommes en plein covid, pas de visites autorisées et un seul accompagnateur possible pour toute la durée de mon hospitalisation. Mon moral en prend un coup. Ils peuvent rester tous les deux aujourd’hui exceptionnellement mais à partir de demain, seul un des deux ne serait autorisé à me rendre visite. Il faudrait alors que je fasse un choix entre mon conjoint et ma mère ayant fait le déplacement de Paris à Lille pour l’occasion… Finalement, à force de ruses toutes aussi farfelues les unes que les autres, Mickaël et ma mère parviendront à venir tous les deux à tour de rôle.
La fin de la journée approche, il est temps pour eux de me laisser. Ce n’est pas sans émotion que je les laisse s’en aller. Je verse ma petite larme et me ressaisit vite. Je dois commencer à me préparer pour le lendemain et effectuer un lavement intérieur puis une douche à la bétadine. J’essaie ensuite tant bien que mal de m’endormir mais c’est compliqué. Je ne suis pas vraiment stressée, j’ai hâte que tout cela soit derrière moi.
19 novembre 2020 Jour J
Pas de petit déjeuner possible ce matin, je dois être à jeun pour l’intervention. Je dois réaliser une nouvelle douche à la bétadine. Ma mère me rejoint en fin de matinée. Le personnel médical m’apporte ma tenue ultra glamour (nouvelle collection 2020) que je dois enfiler pour l’occasion. À nouveau, nous immortalisons ce moment à l’aide d’un selfie avec ma mère.
12h30, il est l’heure pour moi de descendre au bloc après une brève étreinte avec ma mère. Je pars tout sourire sur mon brancard de folie.
Les infirmières m’accueillent et me préparent pour l’intervention (péridurale, perfusion etc). Une d’entre elles m’a d’ailleurs particulièrement marquée grâce à sa douceur et sa gentillesse. Je regrette de ne pas lui avoir demandé son nom avant de « m’endormir ». J’aurais aimé la remercier après coup. Mais bon… Sur le moment, tellement de choses se passent dans notre esprit que nous ne réagissons plus avec la même spontanéité.
On me demande de penser à quelque chose de positif pour faire de beaux rêves durant près de 7h. Je réfléchis rapidement. Où ai-je envie de me retrouver pendant 7h ? Avec Mickaël sur une plage paradisiaque, enceinte. Je pars donc rejoindre cette destination en l’espace de quelques secondes. À ce soir !
La chirurgie se passe et se passe bien. Je reprends conscience mais ne parviens pas tout de suite à rouvrir les yeux. Je suis en salle de réveil. J’essaie de bredouiller quelques mots pour savoir si je ressors de cette opération avec une stomie ou pas. Quel soulagement lorsque j’apprends qu’ils ont réussi à m’éviter la poche gastrique !
Je remonte en chambre vers 21h30. Ma mère m’y attendait depuis déjà une bonne heure. Je l’entends, ça me fait du bien. Je parviens difficilement à lui répondre mais il m’est toujours impossible d’ouvrir les yeux. Quelle frustration ! Être parfaitement consciente mais ne rien voir, sensation assez bizarre je dois l’avouer.
Ma mère me propose de manger un yaourt que les infirmières avaient déposé dans le frigo de ma chambre en mon absence. J’accepte mais n’y arrive pas seule. Retour 28 ans en arrière, ma mère m’a fait manger mon yaourt cuillère après cuillère. Ce goût de fraise dans la bouche et cette sensation de fraîcheur sont bien agréables.
Comme je l’expliquais un peu plus tôt, la première ruse de Mickaël se met en place. Il attend caché derrière un escalier du rez-de-chaussée de l’hôpital que ma mère s’en aille pour pouvoir entrer dans ma chambre. (Tout cela alors que l’heure légale de la fin des visites est dépassée depuis au moins 2h et que ma chambre est voisine de la salle des infirmières).
Ma mère s’en va, Mickaël arrive. Je l’entends, sa présence m’apporte beaucoup de réconfort mais je ne peux pas le regarder. Je comprends qu’il m’a apporté un joli bouquet de fleurs que je découvrirai donc plus tard. J’ai l’impression que sa visite ne dure pas très longtemps. Il me racontera plus tard qu’il a été extrêmement peiné de me voir dans cet état-là. J’avoue que je n’avais pas eu le temps ni la possibilité de me mettre sur mon 31 pour sa venue.
Il est temps pour lui de repartir.
Je suis censée me reposer mais je vous rappelle que je viens de dormir plus de 7h, je ne suis pas vraiment fatiguée. Et puis, ce n’est pas comme si je maîtrisais la situation, mes yeux ne s’ouvrent toujours pas. Finalement, ils dorment malgré moi.
Je pensais que l’acte chirurgical serait le plus difficile à traverser dans cette épreuve mais c’était sans compter sur la convalescence qui fut longue et douloureuse.
J1 post-opératoire
La nuit qui a suivi mon intervention a été longue. Les infirmières sont souvent venues me voir. Elles m’ont d’ailleurs décrit le beau bouquet qui m’attendait.
J’étais reliée à une sonde pour uriner le temps que les choses se remettent en place. Ça commençait d’ailleurs à devenir très désagréable. J’avais cette envie constante d’uriner sans y parvenir pourtant. Mon urine devait être quantifiée, impossible de retirer la sonde tant que je n’urinerais pas assez.
Mon réveil a été interminable. Je n’ai pu réellement rouvrir les yeux que vers 4h du matin.
J’ai « plané » encore 24h après l’opération, le temps donc de me remettre de mes émotions.
Toutes les infirmières et les médecins qui défilaient dans ma chambre continuaient à s’émerveiller devant le bouquet que mon conjoint m’avait offert et que j’ai eu la joie d’admirer au lever du jour.
J’ai pu recevoir la visite de ma mère en début d’après-midi et celle de Mickaël en fin de journée.
Ma chirurgienne spécialiste de l’endométriose est passée dans ma chambre alors que ma mère venait d’arriver. Elle m’a demandé si je l’autorisais à rester durant le compte-rendu opératoire qu’elle allait me faire, j’ai répondu que oui. Et j’ai bien fait.
La chirurgienne m’apprend alors qu’ils n’avaient pas totalement mesuré l’importance des dégâts. Ils m’ont retiré (entre autres) 12 cm d’intestin (un peu plus que ce qui était initialement prévu). Ils ont revanche laissé une petite lésion d’endométriose autour de mon ovaire gauche, de peur de l’endommager et de me causer des difficultés pour la suite. Elle m’explique et me confirme que nous avons pris la bonne décision en acceptant cette chirurgie, que je venais de passer par une belle porte, qu’à quelques jours ou semaines près, j’aurais pu y rester car l’endométriose avait formé une occlusion intestinale, ce qui expliquait les affreuses douleurs que j’avais. Je n’en revenais pas de ce qu’elle m’annonçait… Comment avaient-ils pu passer à côté de tout cela lors des (nombreux) examens que j’ai réalisés ?
Une fois son compte-rendu opératoire terminé, la chirurgienne nous a laissées, ma mère et moi, complètement abasourdies, en me rappelant avant de partir que ma convalescence allait être longue et qu’il allait falloir que je sois raisonnable.
Alors non, l’endométriose ne tue pas directement, mais ce n’est pas faute d’essayer. Voilà comment en quelques semaines, je suis passée d’une endométriose « stabilisée » à une endométriose qui aurait pu s’avérer être criminelle sans que je puisse une seconde la soupçonner…
J2 post-opératoire
Les effets de la péridurale ont commencé à s’estomper. Je prenais enfin conscience des cicatrices que j’avais. Je sentais mes organes bouger à l’intérieur de mon ventre, trop bizarre ! C’est alors que d’affreuses douleurs sont apparues (chose dont on ne m’avait pas du tout parlé avant la chirurgie…). Il s’agissait du gaz (dioxyde de carbone) qui m’a été injecté durant l’opération. Il devait à présent s’évacuer. J’étais tiraillée entre le fait de devoir réussir à me lever et marcher un peu et ces douleurs insoutenables (montant parfois même jusqu’aux épaules) qui m’empêchaient de tenir debout (à vrai dire aucune position n’était réellement supportable). Selon les médecins, être allongée, totalement à plat était censé me soulager, mais en vain pour moi.
La seule bonne nouvelle de cette journée est qu’ils ont pu me retirer la sonde que j’avais pour uriner.
Ma mère a dû rentrer en région parisienne pour travailler. Elle sera de retour pour ma sortie de l’hôpital.
J3 post-opératoire
Je n’ai vraiment pas le moral ce matin, j’ai affreusement mal ! Je sens les infirmières impuissantes face à ma douleur. Je me souviens les avoir insultées intérieurement en me plaignant de leur manque de réaction.
Mickaël me rejoint en début d’après-midi avec un cadeau. Waouh ! Quelle surprise, une console Nintendo Switch ! Je ne m’y attendais vraiment pas. Cela m’a beaucoup amusée même si je ne voyais pas tellement en quoi cela allait nous servir là, tout de suite, maintenant. C’était sans compter sur l’imagination débordante de Mickaël qui a eu l’idée folle d’installer la console dans ma chambre d’hôpital ! Quelle n’a pas été la tête des infirmières lorsqu’elles sont arrivées dans ma chambre et qu’elles nous ont trouvé en train de jouer à Mario Kart projeté en grand sur le mur en face de mon lit !

Malheureusement, nous n’avons pas pu jouer longtemps tellement mes douleurs étaient insupportables. J’ai éclaté en sanglots et hurlé de douleur pliée en deux face à un chéri totalement impuissant. J’ai supplié les infirmières pour obtenir des perfusions de morphine mais même comme cela, je n’y ai pas eu droit. J’ai dû faire avec (pour le plus puissant) du tramadol, ce qui, en plus de me rendre nauséeuse, n’avait aucun impact sur mes douleurs.
J4 post-opératoire
Journée semblable à celle d’hier…
Les infirmières me proposent de prendre une douche en fin de journée (je ne me contentais que de toilettes depuis l’opération). Avec leur aide, j’y suis parvenue mais difficilement.
J5 post-opératoire
Prise de sang quotidienne : si tout va bien, je pourrais peut-être sortir demain.
Mickaël me rend visite dans la journée. Il m’aide à me lever de mon lit et nous essayons d’effectuer quelques pas dans le couloir de l’hôpital. Nous faisons ainsi quelques allers-retours au rythme d’une vraie tortue.
Je reçois la visite d’un médecin en fin de journée qui m’explique que ma prise de sang n’est pas tout à fait normale. Rien de grave mais une petite infection a pointé le bout de son nez donc je ne pourrai pas sortir demain.
J6 post-opératoire
Ma mère est de retour sur Lille (finalement avant que je ne puisse sortir de l’hôpital) et me rejoint en début d’après-midi.
J’ai réussi à prendre une douche seule ce matin. C’était bien agréable.
Mon infection est toujours présente. Je ne pourrai encore pas rentrer demain.
J7 post-opératoire
Je commence à trouver le temps long mais la bonne nouvelle est que je cicatrise plutôt bien, mes plaies sont propres et mon infection se résorbe.
Je serai enfin de retour chez moi demain !

J8 post-opératoire
Ma mère me retrouve dans la matinée. Mickaël est au travail mais nous avions convenu qu’au feu vert des médecins pour ma sortie, il s’absenterait quelques instants pour venir nous aider à partir. Certes, je fais quelques pas dans le couloir mais je ne suis pas encore prête à courir un marathon et la sortie de l’hôpital s’annonce être une aventure.
Je range mes affaires, le médecin passe et valide ma sortie. Mickaël m’aide à porter mes affaires et me soutient dans mes pas tandis que ma mère est partie chercher la voiture pour la rapprocher au maximum de la porte de sortie. Une vraie mémé, courbée et à rythme lent défiant toute concurrence.
Je parviens jusqu’à la voiture de ma mère et Mickaël retourne au boulot.
Convalescence à la maison
Retour à la maison compliqué. Il faut réapprendre à marcher, à se laver, à se nourrir (avec des consignes alimentaires bien strictes à respecter pendant au moins un mois). J’avais encore perdu quelques kilos. Je pesais 59 kg pour 1m73.
Ma mère a séjourné à la maison quelques jours afin de m’aider en journée (Mickaël étant au travail). J’avais également une infirmière à domicile qui passait une fois par jour les 3 premières semaines.
Opérée mi-novembre, ma convalescence s’est achevée avec les fêtes de fin d’année. Malgré les différentes restrictions auxquelles j’étais toujours soumise, j’arrivais au terme d’une année chargée en souffrances et en rebondissements. La fin de cette année commençait à laisser place à un espoir grandissant, celui de devenir maman. J’avais 6 mois après mon intervention pour y parvenir naturellement avant d’entamer un parcours PMA. On y croyait fort Mickaël et moi…Après tout, la chirurgienne m’a affirmé avant ma sortie qu’elle était certaine que je parviendrais à tomber enceinte d’une façon ou d’une autre. Il n’y avait plus qu’à…