Endométriose et conscience professionnelle
Professeure de Lettres depuis 2013, je suis passionnée par mon métier. J’ai à cœur la réussite de mes élèves et le travail coopératif avec mes collègues. Je suis de celles qui passent facilement des heures à travailler pour être à la hauteur des missions qui me sont confiées et pour ne pas décevoir les personnes qui m’entourent dans le monde professionnel.
Il m’est arrivé de passer des années scolaires complètes sans prendre d’arrêt maladie (même quand parfois cela aurait été justifié) de peur de ternir la réputation de mon sérieux auprès de mes collègues ou encore de passer pour une « paresseuse » (image trop souvent associée aux profs, n’est-ce pas ?).
Pourtant, depuis les différentes récidives de mon endométriose, il me faut composer avec l’idée que je ne peux plus éviter les arrêts maladie autant que je le souhaiterais : hospitalisation(s) de 2/3 jours pour la gestion de mes douleurs, un mois d’arrêt le temps d’être opérée et rétablie, fatigue et épuisement devenant dangereux pour ma santé et nécessitant du repos forcé… Une nouvelle forme de culpabilité a fait son apparition avec ces différentes absences que je n’ai pu esquiver. J’ai au moins l’aval de mes élèves qui ne se gênent pas pour me rappeler que je dois prendre du temps pour moi. Si seulement cette insouciance qu’ils peuvent avoir ne m’avait pas quittée…
Je ne peux m’empêcher de m’imaginer que l’on m’en tient rigueur à chaque fois, d’autant plus que l’endométriose est encore une maladie méconnue ou souvent banalisée lorsque l’on n’est pas soi-même touché ; maladie d’ailleurs tellement méconnue et banalisée, qu’un dossier ALD (affection longue durée) m’a été refusé. Comment donc rester légitime et conserver une bonne image malgré cela ? Comment faire comprendre à son administration qu’il ne s’agit pas de simples comédies mais bien de réelles souffrances ? Je reste autant que possible en contact avec mes élèves et collègues durant mes absences (jusqu’à fournir tous mes cours clés en main aux remplaçant(e)s, lorsque j’en ai) pour prouver que ce n’est pas un refus d’accomplir mon travail.
À ces arrêts sur lesquels je n’ai aucun contrôle viennent s’ajouter la contrainte d’adaptabilité nécessaire au parcours PMA. Comme toujours, c’est à nous de nous plier aux volontés du corps médical pour qui nous ne sommes qu’un numéro parmi tant d’autres. Ils partent du principe qu’il faut savoir ce que l’on veut dans la vie, ils savent pertinemment que nous sommes dépendants d’eux pour mener à bien notre projet. Peu importe donc notre profession et les contraintes qui peuvent en découler, nous nous devons de nous rendre disponibles lorsqu’ils l’ont décidé (soit tous les 2/3 matins en période de stimulation et toute la journée en cas de ponction ou transfert d’embryon). Il devient très vite difficile de concilier au mieux vie professionnelle et parcours médical. En tant que professeure dans le secondaire, je peux me permettre de déplacer des heures de cours mais non sans la sensation de déranger l’administration (qui ne m’a pourtant pas fait de reproches à ce niveau-là).
J’ai bien pensé à monter un dossier MDPH ou à demander un mi-temps thérapeutique mais là encore, ma conscience professionnelle m’en empêche pour l’instant. Cette fichue conscience professionnelle qui ne m’apporte d’ailleurs rien d’autre que du stress et de l’angoisse quand on voit le peu de reconnaissance que l’on reçoit au sein de l’éducation nationale (je sais que nous ne sommes pas les seuls). Cette fichue conscience professionnelle mise à l’épreuve par notre parcours PMA et plus largement par mon endométriose. Pourtant, ces notions sont pour moi étroitement liées : mon endométriose me contraint à vivre un parcours PMA qui me pousse à sous-estimer mon efficacité au travail et ce, dans le but de réussir à devenir parents. Rappelons qu’un des premiers sens du mot « travail » est en rapport avec le « travail d’enfantement » pour reprendre la définition de http://cnrtl.fr.
Dans un monde idéal, je voudrais pouvoir me donner à 100% dans mon métier tout en ayant atteint mon/notre rêve de devenir maman/parents. Ce monde idéal n’existe pas (encore). Il me faut donc mener un travail (ce mot me poursuit, décidément !) sur ma conscience professionnelle, qui me gâche trop souvent la vie, afin d’établir un climat propice et serein qui me permettra peut-être de faire naître ce monde idéal : notre bébé.